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TRANSFORMERS 2 : LA REVA
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VERY BAD TRIP
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3

JEUX DE POUVOIR
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4

TELLEMENT PROCHES
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5

LES BEAUX GOSSES
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6

LASCARS
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7

TERMINATOR RENAISSANCE
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8

HANNAH MONTANA, LE FILM
entrées : 225 132 (2 semaines)




9

NOTORIOUS B.I.G.
entrées : 74 028 (1 semaine)




10

LA NUIT AU MUSEE 2
entrées : 1 530 301 (6 semaines)

Michael moore

michael moore (24 Avril 1954 - )

Michael Moore est l'un de ces cinéastes qui déchaînent les passions. On l'admire ou il nous agace, parfois les deux en même temps.

Il a surtout le mérite d'avoir imposé le documentaire comme oeuvre cinématographique à part entière. Les influences qu'il revendique sont Kubrick (pour le Docteur Folamour et Orange mécanique), Costa Gavras (pour Z) ou Sidney Lumet (Un après-midi de chien). Des auteurs engagés mais avant tout de grands metteurs en scène. Et c'est précisément cette dimension qui dérange chez Moore, parce qu'elle est mise en avant. Il a une véritable virtuosité pour ordonner les images, leur imposer un style, un point de vue, une conviction, ce qui forcément dérange pour un « investigateur » dont on aime à croire qu'il est impartial, objectif et neutre.


Seulement Moore n'est pas un journaliste, il est un citoyen qui fait valoir sa liberté d'expression, son droit à afficher ses opinions. Il n'a pas la neutralité pour vocation et ne débite pas les horreurs du monde sur le ton robotisé des journaux télévisés, il tente de livrer sa vision des problèmes du monde avec la sensibilité qui est la sienne. Il souhaite manifestement humaniser et mettre en perspective ce flux d'images dont nous sommes saturés. Nous sommes devenus paradoxalement indifférents à cela alors que cela affecte nos existences d'une manière assez spectaculaire. Tous les films de Moore oeuvrent à éveiller les consciences sur ce grand paradoxe. Avec son nouveau film Sicko consacré au système de santé américain, c'est encore sur l'une de ces injustices que Michael Moore pointe sa caméra, poussant son engagement au point que l'administration Bush enquête sur lui et sur sa venue à Cuba (lui reprochant d'avoir violé l'embargo sur l'île). Il faut lui reconnaître ce courage de combattre pour ses convictions jusqu'à risquer beaucoup, tant il appuie là où ça fait mal.

Dès son premier film Roger et Moi, il pointe un sujet qui est devenu presque banal. Une usine de General Motors ferme, plongeant sa ville natale Flint (à laquelle il revient toujours) dans la précarité et le chômage. On découvre alors une ville désolée comme une zone de guerre, touchée de plein fouet par une dépression qui n'est pas sans rappeler l'univers des Raisins de la colère de John Steinbeck. Donc, en justicier débonnaire et omniprésent dans son film, le citoyen Moore s'est mis en tête de rencontrer le président de la grande compagnie pour aborder le problème. On le voit dans chaque plan, il impose un rythme effréné au film, braque sa caméra sur un sujet qu'on ne savait plus voir avec un ton à la fois léger, souvent franchement drôle, et grave quand il faut l'être. Le jeu de chat et de souris qui s'engage entre le polémiste et le grand patron est d'ailleurs divertissant au sens le plus strict du terme.


Moore sait amuser son monde, à coup de répliques bien senties, de montages corrosifs. Dans ce registre il est parfait. Il ne s'est jamais caché de faire des films pour l'homme de la rue, pour qu'on les voit avec plaisir. Donc ses enquêtes sont allègres, amusantes, pleines de vivacité, d'ironie et de bon sens. Roger et moi donne le ton de responsabilité citoyenne mêlé d'une irrévérence presque potache qui restera la marque de Michael Moore et qui lui attirera autant de lauriers que de foudres.

Pour tout dire, il y a un côté naïf et un peu populiste dans le combat de Michael Moore, qui veut absolument que ce grand patron vienne voir les dommages qu'il a causés à Flint devenue ville fantôme. Il y a de la naïveté à croire que cet homme de pouvoir tombe à genoux devant lui, pris d'un soudain accès de mauvaise conscience et demande pardon pour tout le mal qu'il a causé.


On retrouve ce même travers à la fin de Bowling for Columbine et l'épisode avec Charlton Heston et le dépôt de la photo d'une petite fille tuée par balle au pied d'un pilier de sa villa. Un peu too much. J'aime mieux les montages corrosifs et nerveux, les voix off ironiques, les interviews engagées et efficaces qui sont le coeur de ses films. Quand il va ouvertement dans le pathos, parfois à la limite du voyeurisme et de la complaisance, avec la ferme volonté de faire pleurer dans les chaumières j'adhère moins. Je serai toujours plus ému par les images terribles que l'on découvre dans Farenheit 9/11 sur la barbarie des combats en Irak, sur l'abandon des vétérans quand ils reviennent (pas grand chose n'a changé depuis Né un 4 juillet) que par la douleur de cette mère qui craque sur la pelouse de la Maison Blanche en criant « Je veux mon fils », parce qu'il y a là une forme de complaisance et de gratuité, de chantage aux sentiments, une forme de manipulation qui me dérange et qui n'était pas nécessaire pour alimenter l'émotion et la prise de conscience. Il y a un côté « real TV » à ça, de même lorsque Michael Moore continue de filmer quand ses témoins craquent et qu'il leur pose sur l'épaule une main compatissante en disant « that's OK » tout en laissant tourner. Il y a aussi ce tableau idyllique de l'Irak de Saddam Hussein, avant la guerre, avec le petit enfant qui joue au cerf-volant... Tout cela est très manichéen. J'aime l'engagement, le courage de cet homme, son irrévérence, sa ténacité, sa fantaisie provocatrice (son seul film de fiction Canadian Bacon en témoignait brillamment dans la simulation d'une guerre avec le Canada pour redresser l'économie américaine). J'aime sa manière de montrer ce qui fait désordre, j'aime sa maîtrise. Ce mauvais côté de l'activisme, un peu plus grossier, simpliste, gratuit et impudique attire plus de réserves.
Cependant, on reconnaît l'intention militante qu'il y a derrière et qui s'inscrit parfaitement dans sa problématique: aller montrer la douleur des vrais gens, les vrais conséquences qu'il y a sur le terrain, ce que les gros titres et les statistiques cachent, le visage humain des choses qui les remet en perspective. Le procédé est parfois maladroit, manipulateur ou discutable, l'intention derrière est bien loin de l'être.


Car il a toujours ce côté héroïque, donquichottesque, de David contre Goliath. L'humain contre la machine. Ainsi avec son documentaire suivant, The Big One, il dénonce un monde que l'économie a rendu fou en décrivant les méfaits de la mondialisation. Il se sert pour illustrer son propos, de l'exemple de Nike. A l'époque, la société emploie des enfants au tiers monde, nouvelle forme d'esclavage, pour faire des économies sur la fabrication de leurs marchandises. Dans le prolongement de Roger et moi, Moore s'attaque à un problème plus large encore, mais lié au chômage qui touche Flint dans son premier film. La main d'oeuvre est trop chère donc les grandes sociétés vont là où elle ne l'est pas, créant de la détresse dans l'endroit qu'elles quittent et de l'esclavage dans celui où elles arrivent.

« Des enfants de douze ans qui bossent dans les usines ça vous dérange? » demande le cinéaste, ce à quoi l'homme à la tête de Nike répond: « Il n'y a pas d'enfants de douze ans qui travaillent dans nos usines. L'âge minimum est de 14 ans ». Typique de la griffe de Michael Moore, de son irrésistible audace. Dans un style faussement bonhomme et franchement roublard, il pointe exactement et très simplement ce qui ne va pas. Il a l'art de l'embuscade. Et son film contribuera non seulement à attirer l'attention du public sur cet état de fait scandaleux mais également à changer la politique de Nike sur ce sujet du travail des enfants. Un homme peut faire la différence, tel est le credo de Moore, et il le prouve.


Son analyse est simple, efficace, documentée. Il fait souvent sensation car il ouvre un débat en des termes que tout le monde peut comprendre. Evidemment, on pourrait citer des documentaires plus fouillés sur les mêmes problèmes. Cependant ils n'atteindraient pas le public aussi directement. Moore a compris qu'il lui fallait certainement être didactique et sérieusement informé (comme n'importe quel documentariste digne de ce nom) mais surtout pas austère. Donc il va mettre sa passion, son engagement, ses tripes et son humour dans son oeuvre. Il va oser intervenir dans le cours de son enquête, se mettre en avant, en toute subjectivité, assumer ses opinions et ses choix en personne. Il va aussi condamner avec une rare efficacité l'objectivité tronquée de certains médias, formatés pour répondre aux attentes du public, à ce qui marche, c'est à dire la peur et l'ignorance (comme son film suivant en sera la démonstration brillante).

Avec Bowling for Columbine, le trublion de Flint, Michigan, connut la consécration internationale. Il rafla césar et oscar, sortit le genre du documentaire de son purgatoire et le popularisa. Lui qui s'était déjà fait un nom en Amérique avec des émissions télé comme « l'Amérique de Michael Moore » (en 1999) et une réputation bonne ou mauvaise selon les avis, il devint une figure incontournable de la contestation. Il fut le premier à aborder la tuerie du lycée de Columbine en essayant d'en comprendre les causes. Il en fit également un motif cinématographique repris plus tard et d'une autre manière par Gus Van Sant. Moore livra avec ce film une réflexion profonde et bouleversante sur la culture de la violence et l'état de terreur constant dans lequel les médias nous plongent en orientant leur mission d'information vers le sensationnel, vers ce qui fait de l'audience, enfoncent les portes ouvertes et confortent les idées reçues. Partant donc de la tuerie de Columbine, il dépeint une Amérique conditionnée par la violence, obnubilée par la compétition et qui se fout des laissés pour comptes. On y voit également une société paralysée de terreur, entretenue dans sa peur par une surenchère d'informations dépeignant une réalité violente, où les jeunes gens, les minorités, tout ce qui est autre, inconnu, tout ce qui ne répond pas à vos critères devient une menace potentielle.


On y côtoie les frontières de l'absurde où une banque vous offre à l'ouverture d'un compte, un fusil gratuit. Moore surprend également en allant à l'inverse de l'évidence et en ne stigmatisant pas les bouc émissaires habituels (Les films violents, les jeux vidéos, Marilyn Manson) et en pointant une volonté des élites à maintenir l'ignorance et le chaos (ils répondent à la demande, font des shows où le bandit typique est forcément jeune et forcément noir). Il s'inscrit en cela dans la même mouvance qu'Andrew Nicol qui pointait la même hypocrisie de nos dirigeants qui, s'ils condamnaient unanimement la guerre dans le monde, étaient à la tête des pays qui vendaient le plus d'armes (et sont donc présentes dans tous les conflits). La violence est nécessaire à la cohésion d'une société. Pour reprendre la citation du grand George Orwell qui conclut Farenheit 9/11, extraite de 1984, l'important n'est pas qu'une guerre soit gagnée ou perdue mais qu'elle perdure, pour que surtout personne ne bouge et que tous vivent sous cette pression permanente. Un climat de méfiance paranoïaque est entretenu et s'installe contre tout et n'importe quoi. Tout devient source de peur. Tout le monde veut se protéger et faire valoir son droit constitutionnel à posséder une arme contre une menace diffuse qui n'a même plus besoin d'être identifiée tant elle est rentrée dans les moeurs.

Moore n'excuse en rien les jeunes tueurs de Columbine, il se pose simplement la question de savoir pourquoi il y a tant de crimes par arme à feu aux USA et apporte son soutien à ceux qui voudraient limiter l'accès aux armes aux Etats Unis par ce simple constat: plus il y aura d'armes et de gens entretenus dans l'idée qu'il sont menacés, plus ce genre d'évènement arrivera. En ajoutant à cela la frustration d'un monde qui laisse de plus en plus de gens sur le bord de la route, ça ne peut qu'empirer.
Mais le coeur du film et ce qui en fait selon moi un grand film, c'est qu'il interroge la manière dont nous sommes informés (ou désinformés), ce culte de la terreur permanente (l'insécurité, comme on dit en France) qui n'engage pas vraiment aux raisonnements les plus constructifs ou les plus mesurés. Une statistique est amusante dans le film: en Amérique, le taux de crime a chuté de 20% et son traitement dans les médias a augmenté de 600%. Ce déséquilibre révélateur laisse songeur...


Même si on peut le résumer comme une enquête sur le massacre de Columbine, ce film est bien davantage et interroge sur notre rapport et notre conditionnement à l'information. Comment terroriser une nation toute entière sur des faits ponctuels en la détournant de ce qui devrait vraiment la paniquer: des régimes démocratiques renversés par des dictatures plus favorables à l'économie états-unienne, le scandale des fonds de retraite d'Enron, l'absence d'une vraie politique écologique, la montée de l'obscurantisme, et bien sûr tout ce qui a conduit au 11 septembre. Cette tragédie aurait pu être une prise de conscience (se poser des questions sur la marche du monde et sur les conséquences catastrophiques des actes passés, développer une sorte de lucidité historique). L'information alla bien sûr au plus simple et on a renforcé plus encore l'état de panique généralisée en jouant sur l'ignorance des gens pour justifier une guerre, comme Moore le montrera dans Farenheit 9/11.

Ce film est au vu de l'histoire une grande occasion manquée. Une tentative utopique et mégalomaniaque de changer le monde. Le cinéma le peut-il? Oui, mais à l'épreuve du temps. Le brûlot anti-Bush est devenu un témoignage assez terrifiant sur la réaction et le manque de vigilance catastrophiques avant le 11 septembre et sur l'injustifiable seconde guerre d'Irak, son enlisement et l'irresponsabilité criminelle de ceux qui la déclenchèrent.

Le film commence en narrant l'histoire de la première élection controversée de George W. Bush à la tête de la première puissance mondiale. Cette élection soulève pas mal de questions, par exemple, la raison pour laquelle beaucoup d'Afro-Américains furent radiés des listes électorales. Et aussi ce paradoxe, selon des enquêtes indépendantes, Bush aurait récolté moins de voies que son concurrent Al Gore. Le film s'ouvre comme une charge d'un rare mordant contre le président en place (et d'une rare drôlerie car l'acteur principal a un sens comique inné et peut-être involontaire).


Puis survient le 11 septembre 2001, mis en scène de manière bouleversante par Michael Moore. L'écran est noir, en deuil, on entend les cris effarés des gens, les déflagrations, le bruit sourd des corps qui se sont jetés du haut des tours jumelles. Plutôt que de montrer à nouveau les images qui tournèrent en boucle à la télévision ce jour-là, le cinéaste invite à se souvenir de ce qu'on a ressenti, à se remémorer le sentiment incrédule qui fut le notre en découvrant ce drame. Puis l'obscurité se dissipe, on découvre les visages effarés qui scrutent le ciel, des gens qui parlent entre eux, s'étreignent, pleurent, se consolent, l'étrange union sacrée qui s'effectue après un traumatisme où tout le monde est lié par une seule peine. On l'a tous ressenti. Et le plan surréaliste sur ces rues balayées de cendres et de papiers, débris dérisoires autour de Ground Zero. Après ce prologue, le film s'ouvre, au générique, on maquille les « acteurs » qui y interviendront.

Bush apprend la nouvelle dans une école primaire qu'il visitait ce jour là. Là encore, grand moment de cinéma. Un long moment se passe, sept minutes d'immobilité durant lesquelles le président est décomposé, déphasé, désemparé, le regard dans le vague, perdu dans ses pensées, un masque figé, choqué, prenant conscience de l'évènement. En grand manipulateur et maître du montage, Moore exploite ce moment de solitude en tentant de deviner les pensées du président, avec un mauvais esprit certain. Cela lui permet de décrire les liens de la famille Bush et de l'Amérique avec l'Arabie Saoudite, revenir sur l'aide qu'ils ont apportés aux combattants afghans dans les années 80 pour combattre l'URSS... Bref il caractérise Bush, en fait son héros, sa création. Un benêt à la Maison Blanche, arrivé là grâce aux relations de son papa et à la fortune familiale. Le portrait est certainement simpliste et au vitriol, mais il est diablement efficace. Il ridiculise à peu près toutes les décisions qui furent prises par l'administration après le 11 septembre (du « Patriot act » qui réduisait les libertés individuelles à l'opération de faible envergure en Afghanistan).


Bush est implacablement discrédité, avec l'efficacité pamphlétaire d'un grand polémiste. La première partie du film est d'une maîtrise impressionnante dans la satire jusque dans l'habileté manipulatrice dont le cinéaste fait preuve au niveau de son montage, devant l'accumulation accablante des preuves qu'il évoque et des témoignages qu'il expose. Puis la guerre en Irak s'annonce, après une présentation irrésistible et irrévérencieuse de la coalition, le ton change, la guerre éclate et le cinéaste se fait grave et la charge devient plus féroce encore, mais abandonne le ton léger et satirique du début.

Il montre des images que nous n'avions qu'entraperçues à la télévision, horribles (des corps calcinés traînés dans la rue, une vieille femme qui hurle de chagrin et de rage au milieu des décombres, des gens mutilés... il n'y a décidément pas de guerre propre). Il s'attarde aussi sur ces soldats, d'abord grisés par leur avancée, galvanisés à l'idée de foutre le feu à Bagdad, puis peu à peu gagnés par le désarroi, réalisant que ces gens dont ils se croyaient les libérateurs les détestent et qu'on les a entraînés dans une guerre sans raison valable. L'un d'entre eux dit que quand il a tué quelqu'un, c'est une partie de son âme qu'il a détruite. Et il l'a détruite pour rien. On assiste aux exactions de ces soldats désemparés. On assiste à leur retour sans gloire chez eux, en cercueil, estropiés et désabusés, en colère également. Puis il y a le retour à Flint, à la douleur de cette mère, à ces recruteurs malins qui vont convaincre les jeunes des quartiers défavorisés de s'engager pour leur permettre de payer leurs études ou de percer dans la musique. C'est toujours les plus humbles qui fournissent la chair à canon.

Si je m'arrête sur ce film, c'est que tout Moore est là, dans son engagement, son outrance, sa naïveté, son intégrité, sa manière d'aller jusqu'au bout de son propos (quitte à frôler la mauvaise foi partisane). On lui reproche beaucoup de s'arranger avec la réalité, de détourner les images pour les besoins de sa thèse. Ce qui lui a attiré beaucoup d'inimitiés, surtout aux Etats Unis. Un documentaire qui a fait forte impression contre lui à Sundance fait en ce moment beaucoup parler de lui. Il est vrai qu'il verse volontiers dans la caricature (sa peinture corrosive de Bush est excessive, ce qui enlève à son efficacité, car je suis sûr que la réalité est bien plus terrifiante).


Quentin Tarantino lui a dit en lui remettant la Palme d'or en 2004 qu'elle lui était attribuée car il avait fait un beau film et qu'il ne s'agissait pas d'une palme politique. Michael Moore agace comme je l'ai dit plus haut parce qu'il dramatise ses enquêtes, les montent, les met en scène, force parfois les sentiments pour les prendre en gros plans. Ses films sont des chef d'oeuvres de cohérence, qui trouvent miraculeusement un style et un ton avec des matériaux hétéroclites (archives de télévision, reportages, extraits d'actualité, témoignages), par la force d'un point de vue totalement subjectif. Avec ce rythme haletant, cette voix off omniprésente et une écriture caractéristique et un personnage principal (lui-même) reconnaissable comme un « working class hero », c'est bien d'une oeuvre cinématographique qu'il s'agit. Il donne son avis partial et engagé sur le monde, sa vision et son interprétation de tel ou tel problème. Ce n'est pas purement factuel, les films de Michael Moore offrent un point de vue, on est libres d'y adhérer ou non. Ce n'est pas péremptoire et laconique comme un flash info, il y a de l'humanité là dedans, avec toutes les qualités et les défauts que cela implique. Mais au moins, ça fait ressentir quelque chose, ça n'a pas la froideur d'une statistique. Alors que nous sommes gavés d'images jusqu'à en être blasés, il nous invite à réagir et à s'interroger. Bien peu de créateurs ont le courage d'inviter à pareille réflexion. Bien peu ont le courage de s'exposer ainsi.


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