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renny harlin (15 Mars 1959 - )
Capable du meilleur comme du pire, le réalisateur finlandais ne laisse pas indifférent. Malgré les déluges de mauvaises critiques dont il a pu faire l’objet, Renny Harlin se révèle être un des derniers bons faiseurs d’Hollywood, malgré des choix de carrière plutôt anecdotiques ces derniers temps. Retour sur un parcours en montagnes russes.

Originaire de Finlande, Renny Harlin a fait ses études de cinéma à la faculté de Helsinki, où il réalise ses premiers courts métrages et documentaires. Conscient de ne pas pouvoir s'épanouir au sein de la production cinématographique scandinave, l'apprenti cinéaste émigre vers les Etats-Unis au milieu des années 80. Avec trois bouts de ficelles, le néo réalisateur va mettre en boite, en 1986, le thriller Prison avec Chelsea Field et surtout le déjà charismatique Viggo Mortensen. Thriller horrifique carcéral très efficace, Prison impose la patte très clipesque (très en vogue dans les années 80) de Renny Harlin. Ce premier film a déjà le culot de brasser de très nombreuses références telles que les vieux films de la Hammer, L’évadé d’Alcatraz ou encore les films de morts vivants de la période Romero. Sans jamais tomber dans la surenchère, Prison délivre un suspense efficace jusqu’au climax final, horrifique à souhait, qui fait de cette première réalisation, un incontournable du cinéma bis des années 80, injustement méconnu à ce jour et toujours inédit en DVD. Baignant dans une ambiance très glauque avec des décors rudimentaires magnifiquement mis en image, le film est une excellente carte de visite pour s’imposer sur le territoire américain.
En 1988, repéré par les pontes d’Hollywood après ce génial coup d’essai, Renny Harlin est de nouveau aux commandes d’un film d’horreur. Il se voit ainsi confier la lourde responsabilité de reprendre la franchise à succès des Freddy. Avec Le Cauchemar de Freddy, Harlin doit composer avec un personnage à forte notoriété, un cahier des charges bien précis, un budget décuplé et surtout beaucoup d’effets spéciaux. Résolument fun et très bien maîtrisé, ce nouveau volet est un succès incontestable qui propulse Renny Harlin dans le club très fermé des réalisateurs qui comptent. A l’aube des années 90, la puissante Fox fait les yeux doux à la nouvelle coqueluche des réalisateurs en lui proposant de reprendre une nouvelle franchise, Die Hard.

Nullement impressionné par l’ampleur de la tache et surtout fort de son nouveau statut, Renny Harlin se retrouve à la tête d’un budget décuplé et d’une franchise au potentiel énorme. Le challenge à l’époque est de pouvoir relever l’énorme tour de force initié par le maître de l’action, John McTiernan. Ce dernier a tout simplement relancé le film d’action à la fin des années 80. Harlin doit, pour ainsi dire, transformer l’essai et installer durablement le personnage de John Mc Lane dans les mémoires.
Reprenant les mêmes recettes que Le Cauchemar de Freddy, Harlin donne ce que veut le public et surtout les producteurs, du « toujours plus ». Plus d’action, plus d’explosions, plus de folie. Transformant un peu plus Bruce Willis en super héros, 58 minutes pour vivre (Die Harder) enchaîne les morceaux de bravoure pyrotechnique ainsi que les fusillades tous azimut. Pied au plancher, le réalisateur finlandais ajoute un nouveau succès de taille à sa carrière encore naissante. Le film sera un hit au box office et confirmera le statut d’Harlin à Hollywood. Mais c’est à ce moment là que se dessine la patte Harlin, faite surtout de surenchère décérébrée et de tape à l’oeil. Il deviendra petit à petit un bon faiseur, un bon technicien mais jamais un réalisateur qui compte. Entre ses mains, la suite de Piège de cristal devient un produit formaté, certes très efficace mais qui restera, même 15 ans plus tard, le maillon faible de la trilogie actuelle. Fort de son aura et de son statut de générateur de billets verts, Harlin, au grand soulagement de nombreux fans, se permet même de refuser la proposition de la Fox de diriger le 3ème Alien, laissant ainsi la main à un certain David Fincher. Grand bien lui en a pris, puisque avec cette décision, le réalisateur scandinave nous livrera l’un des tous meilleurs films d’action de ces dix dernières années et Fincher, malgré tous ses démêlés, réalisera le meilleur opus de la saga Alien.
1993, Sylvester Stallone coule corps et âme au box office offrant au public ses plus beaux joyaux tels que L’embrouille est dans le sac et Arrête où ma mère va tirer. Tel un Tarantino sortant Travolta de l’ANPE des stars, Harlin va considérablement relancer l’étalon italien en lui offrant un rôle sur mesure dans l’explosif Cliffhanger. Aidé par l’une des bandes annonces les plus efficaces jamais réalisées, le film sera un succès planétaire replaçant, de ce fait, Stallone dans le giron des Big men d’Hollywood. Cette sanglante excursion en haute montagne confirme le talent d’Harlin pour confectionner des scènes d’action hyper spectaculaires. Efficacité reste le mot qui caractérise le mieux le travail d’Harlin. Aux yeux d’Hollywood, le nouveau maître de l’action, c’est Renny Harlin et il faut bien reconnaître que le bougre sait y faire et qu’il utilise très bien chaque dollar fourni par la production. Un Michael Bay avant l’heure.

Tout baigne pour Harlin en 1993, autoproclamé nouveau roi du box office, qui épouse même la sculpturale Geena Davis et fonde avec elle la société de production Forge. Le début des ennuis commence alors pour Harlin. Leur collaboration se solde par deux échecs commerciaux cuisants, L’île aux pirates (1995) et Au revoir à jamais (1996).
Malgré son crash retentissant au box office, L’île aux pirates, ancêtre du très fun Pirates des Caraïbes, avait tous les ingrédients pour être un nouveau succès. Tournant essentiellement autour de Geena Davis surtout mise en avant pour la caméra amoureuse de son mari, le film enchaîne les scènes de bravoure pied au plancher et assoit complètement la réputation de technicien hors pair de Renny Harlin. Sans être un chef d’œuvre, L’île aux pirates s’avère être un très bon divertissement avec des défauts certes, comme notamment un Matthew Modine totalement absent et un méchant constamment sur le fil du ridicule. Les spectateurs n’étant pas au rendez vous, le film coulera avec pertes et fracas, rendant ainsi très fragile la position de la nouvelle société Forge. Sommé de revenir à ses fondamentaux, à savoir, l’action musclée et spectaculaire, Renny Harlin réalise dans l’urgence, pour le compte de la New Line, le très sympathique mais très creux Au revoir à jamais.

Toujours porté par les larges épaules de Geena Davis affublée cette fois ci d’un transparent Samuel L. Jackson, Au revoir à jamais est un honnête film d’action qui mêle gentiment espionnage et castagnes. Parsemés de scènes réellement spectaculaires (l’explosion de la frontière canadienne reste malgré tout un moment bien jouissif), la mayonnaise ne prend que moyennement et le public boude à nouveau le dernier bébé de Renny Harlin. La faute incombe, certainement, à un scénario invraisemblable (pourtant Shane Black à la baguette, véritable spécialiste du film d’action) et surtout un duo d’acteurs sympathique mais peu impliqué. Le public a dû certainement en avoir assez aussi de la façon de filmer de Monsieur Harlin qui passe son temps à sublimer Mme Harlin. Cette fois le divorce est consommé entre les spectateurs et Harlin, tout comme avec Geena Davis. Leur « association » tant professionnelle que privée vole en éclat en 1998, faisant ainsi les choux gras de la presse people.
Malgré sa perte de vitesse, sa réputation d’ « Entertainer » précède Renny Harlin et ce dernier arrive toujours à récupérer des scénarios et surtout des budgets conséquents pour mettre en image ses délires. 1999 voit donc l’arrivée des requins à moteur de Peur Bleue. Basé sur un scénario abracadabrantesque qui met en vedette des requins génétiquement modifiés, Renny Harlin trousse une petite série B sympathique (nantie d’un budget considérable cela dit) qui n’a pas d’autre fonction que celle de divertir. Et malgré le jeu très moyen des acteurs, des effets spéciaux ridicules et un scénario proche du néant, le film réussit poussivement son pari en offrant quelques séquences débiles bien jouissives telles que le monologue de Samuel L. Jackson ou encore la scène des cuisines avec le sympathique L.L. Cool J. Le film est un demi succès qui remet en selle le Finlandais.

Soucieux de revoir sa cote à la hausse, Harlin veut refaire, en 2001, le coup de Cliffhanger avec une histoire basée sur les célèbres courses d’Indy cars aux Etats Unis. Le projet d’envergure (au niveau budgétaire s’entend) se nomme Driven et transforme Stallone en vieux briscard qui va devoir reprendre le volant afin de damer le pion à un jeune aux dents un peu trop longue. Canevas éculé, stéréotypes en rafale, le film verse plus dans la pâle copie du déjà très mauvais Jour de tonnerre. Il faut ajouter à cela des effets spéciaux mal maîtrisés qui rendent l’ensemble assez indigeste. Artistiquement raté, le métrage est un méga four au box office et selle le destin des deux stars. Stallone poursuivra sa lente descente et Renny Harlin se verra définitivement affublé de la pauvre casquette de « Yes man ». Doué mais « Yes man » quand même.
Redevenu presque anonyme auprès des grandes majors, Harlin accepte en 2003 de réaliser le thriller Mindhunters. Véritable arche de Noé composée d’acteurs « has been », Harlin va, avec les moyens du bord, orchestrer une très honnête série B suivant un petit groupe de profilers en proie à un très méchant serial killer. Reprenant donc la trame du mauvais D-Tox de Stallone (encore un !!!), Harlin prouve qu’avec peu de moyens, il est toujours l’un des principaux artisans du cinéma pop corn. Simplicité assumée, ce Mindhunters ne vole pas haut mais procure ce petit plaisir que peuvent ressentir les aficionados du pur divertissement décomplexé. Un plaisir bête et méchant. Ce demi succès permet à Renny Harlin de revenir sur le devant de la scène et lui offre la responsabilité du projet le plus bancal et casse gueule de l’année 2004.

2004 est l’année de l’arlésienne L’Exorciste, au commencement. D’abord promis à Paul Schrader, le film va très rapidement lui échapper pour des divergences artistiques entre le studio et le réalisateur. La situation est désespérée et le studio veut absolument un film qui fasse peur et verse dans le gore contrairement à ce qu’avait imaginé le scénariste de Taxi Driver. Le choix se porte donc sur quelqu’un qui maîtrise les fondements du spectaculaire et qui peut fournir une version burnée de l’Exorciste : le providentiel Renny Harlin. Ce dernier est donc prié, en un temps record, de retourner 80% du métrage avec un casting différent, avec pour consigne de faire un film spectaculaire, horrifique et terrifiant.
Effectivement, le résultat donnera raison aux producteurs. Le film est spectaculaire. Mais spectaculairement con. Attention, il n’est pas mauvais mais disons qu’il frise à plusieurs reprises le mauvais goût. Ponctué de séquences crades, L’Exorciste au commencement, version Harlin navigue allégrement du nanar au film gore en passant par la comédie. Sorte de projet malade dès le départ, cette préquelle se regarde, comme tous les films d’Harlin, avec un plaisir coupable, pour peu que l’on ne soit pas trop exigeant sur la qualité de la marchandise. Cela dit, pour la petite histoire, sa version se regarde toujours mieux que le très mauvais Dominion (version de Paul Schrader) qui réussit l’exploit d’endormir tout son auditoire avec un Billy Crawford sous acide et des effets spéciaux non finis, qui donnent la sensation d’être face à une énorme moquerie. Harlin réussit une nouvelle fois ce qu’il sait faire le mieux, proposer un film décomplexé et totalement assumé dans un propos ridicule. Cependant, il va vraiment falloir qu’il fasse quelque chose au niveau de son équipe d’effets spéciaux car, pire que les requins de Peur bleue ou les Hot Weels en 3D de Driven, les hyènes de L’Exorciste… sont à mourir de rire et absolument pas crédibles.

2006 voit l’arrivée du dernier opus du réalisateur avec Le Pacte du sang. Arborant fièrement le nom des producteurs des deux Underworld, le film traite du mythe des sorcières de Salem à travers les pouvoirs de leurs petits fils. Pour les mois à venir, ce ne sont pas moins de quatre films qui sont sur les tablettes d’Harlin dont deux projets peu viables, Full Throttle (un thriller d'action mêlant courses de hors-bord et trafic de drogue, peut être un Miami Vice du pauvre en perspective.), Land of Legend (un conte épique se déroulant en Scandinavie au 9e siècle, sorte de Beowulf puissance 10.) et deux, un peu plus avancé, Full Moon Fever (un projet adapté d'une nouvelle graphique homonyme traitant d'un voyage lunaire et de loups-garous. Aie, ça sent le nanar à plein nez, à moins que…) et The Cleaner avec Samuel L. Jackson qui incarnera un homme obsédé par la propreté et l'hygiène se recyclant comme nettoyeur de scènes de crimes.

Avec le temps, Renny Harlin est redevenu ce qu’il a toujours été, un bon technicien du divertissement. Bombardé roi du box office dans les années 90, le réalisateur a été petit à petit pris au piège de ses propres films, flirtant toujours plus avec la débilité pure et le mauvais goût visuel ou artistique, sacrifiant ainsi son savoir-faire sur l’autel du tout spectaculaire. Malgré cela, Renny Harlin conserve toujours un certain capital sympathie. On peut même parler de label. Chaque film du réalisateur est estampillé « divertissement bourrin décérébré », mais force est de reconnaître le talent du bonhomme à générer un plaisir coupable à la vision de chacune de ses « œuvres ». Même si ça ne vole pas haut, son cinéma est fait d’efficacité, de sincérité, de naïveté, de frime, de défauts mais à aucun moment le réalisateur ne triche sur la marchandise. Harlin c’est de l’entertainement pur, bien mieux qu’un certain Bruckheimmer, mais là c’est un autre débat.























